meli-melo de moi

melimeloane

23 juin 2007

Il était une fois la fin

Il est enfin sorti, tout petit, tout rouge, après tant d’attente. Des semaines et des semaines d’attente et il est enfin sorti ! Il m’a fait mal, c’est vrai, j’ai souffert le martyre pour le sortir de ce cocon inutile pour sa part… Mais je suis si heureuse de le tenir enfin dans mes bras qui paraissent si grand à côté des siens. J’avais tellement besoin de sa présence que je nie l’évidence. Je l’embrasse, mais il ne sent rien… Je lui dis que je l’aime mais il ne perçoit pas le son de ma voix. Il ne peut pas non plus ressentir ce besoin de téter mon sein, de boire le lait que je lui ai préparé si paisiblement depuis quelques temps. Il a les yeux clos, paraît si serein et à la fois si absent. Je cherche à cracher toute ma souffrance sur la terre entière, mais rien ne me vient. J’ai pas de solution, d’excuse, pas de remède. Je le caresse, lui raconte un peu la vie, lui dis encore que je l’aime. Puis je m’excuse, je m’y sens obligée, je ne peux faire autrement. Je suis indigne… Je lui parle et m’invente ses réactions, ses mouvements, ses cris, sa petite bouche qui cherche ma poitrine. Je m’invente sa vie, son caractère, sa personnalité. Il sera têtu, capricieux, gentil, amusant. Je prie Dieu que cet instant ne cesse jamais mais bientôt on l’ôtera de mes bras aussi froids que son corps… J’ai envie de lui donner tellement de chaleur, le réveiller avec des petites caresses sur son ventre. Il était une fois la fin… J’ai mis la mort au monde, mon bébé est inerte, il est un quelqu’un sans vie, il n’est même plus quelqu’un, l’a-t-il d’ailleurs déjà été ? C’est une petite fille, belle, minuscule, froide, à couleur changeante avec le temps. Je l’aime, je lui répète de nouveau. Je lui dit que tout se passera bien, qu’elle ne doit pas s’inquiéter… Mais j’ai envie de la balancer contre le mur, en face. Comme si elle était plongée dans un profond sommeil et que ceci la réveillerait. Elle n’en souffrirait même pas. Je me lève de mon lit blanc, m’approche de la fenêtre et lui offre la vue du paysage, du dehors qu’elle ne connaîtra que par-dessous la terre. On frappe à ma porte… Je crois qu’il est temps de lui dire au revoir et à demain. Tout se passera bien. Je l’embrasse sur le front, sa petite tête, son visage blanc et ceci me gèle les lèvres. Ne t’inquiète pas, maman est là. Ne t’inquiète pas… Elle me donne à présent des frissons. Je lui adresse mes adieux, en posant mes larmes sur ses petites paupières closes, et sur ses lèvres violettes, des gouttes de vie pour l’emmener à son encontre. Je ne couvre plus mes sanglots, je n’en ai plus la force ; je la pose dans le berceau, la remercie pour ce délicieux et seul moment passé avec elle, ma fille, mon ange, celle que j’ai porté avec tant de satisfaction et de sensibilité… Je la recouvre d’un drap blanc à sa taille, pose ma main une dernière fois sur son cœur qui ne bat pas, avant que l’infirmière, telle la faucheuse, l’emporte à tout jamais loin de mes bras remplis d’amour maternel que je ne pourrai lui offrir… Enfin si, bien sûr…

Posté par melimeloane à 01:05 - Et puis s'en va... - Commentaires [0] - Permalien [#]

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